Ocean

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Disons la ville. La grosse. La vraie. La capitale. Et dans la ville, des millions d’espaces clos qui s’empilent. Dont un. Avec vous dedans. Un appartement, quoi. Avec des fenêtres, d’accord. Mais des fenêtres avec vue sur quoi ? Vue sur dans quoi vous êtes. La ville, donc. La même. La grosse, la vraie. Celle qui vous contient. Bon, vous êtes là. Vous êtes là et pas moyen d’aller ailleurs. Envie. Ça oui, envie. Mais pas moyen. Et quand on dit pas moyen, c’est vraiment pas moyen. Alors au début, ça va. Evidemment, ça oppresse un peu, mais ça va. On tient. On tient, on tient jusqu’au moment où on ne tient plus. Jusqu’au moment où l’ailleurs qu’on envie, grandit tellement qu’il prend toute la place. Et là, pas le choix. Trop à l’étroit chez soi avec tout cet ailleurs à l’intérieur. Alors, faut y aller. Faut rentrer dedans. Rentrer dans l’ailleurs qui vous encombre et partir. Mais attention : pas moyen. Alors, vous faites quoi ? Ben, rien. Ou plutôt si : système D. Vous prenez le ciel. Le ciel, il est là. Partout. Toujours présent. Au dessus de votre tête. Jamais décevant, le ciel, en vrai. En dessous, par contre. En dessous, faut tout changer. Tout. Les trottoirs, les bagnoles, les gens qui se croisent, qui crient, qui monologuent, qui crachent par terre. Les terrasses où ça trinque, où ça rigole bêtement. Les chiens qui se reniflent. Tout le boucan, le tintamarre incessant. Les odeurs aussi. N’oubliez pas les odeurs. Faut tout balancer. Donc vous gardez le ciel. Surtout, le ciel vous le gardez. Mais tout le reste, vous jetez. Hop, poubelle. Alors c’est sûr, faut des grands sacs. Cinquante litres. Cent litres. Cent cinquante même. Ou plus, si vous trouvez. Et des solides. Bien résistants. Faut pas que ça craque. Et allez y. Tout doit disparaître. Le grand déblayage. Plus rien à l’horizon. Et voilà. Vous y êtes. Et sans bouger. Paris. Vue sur la mer.

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Let’s talk about the city. The big one. The real one. The capital. Containing millions of enclosed spaces. One with you inside. An apartment, really. With windows, agreed. But windows overlooking what? Overlooking what you are in. The city. The same city. The big, real city. The one that has you in it. So, there you are. There you are, with no ways to go elsewhere. Longing. Oh yes, longing. But no ways. And when I say there are no ways, there really are no ways. At first sight, that’s alright. Of course, it is oppressing. But it’s alright. You hang on. Until you no longer can. Until your longing for elsewhere gets so big that it fills your entire space. And then you no longer have a choice. You are too confined with all the elsewhere inside. So, you have to go. You have to get in. Into the elsewhere that burdens you, and leave. But wait. There are no ways. So, what can you do? Well, nothing. Or maybe this: resourcefulness. You go for the sky. The sky that’s always there for you. Everywhere. Always. Above you. Never disappointing. Always real. However, underneath it, everything has to change. Everything. The pavements, the cars, the people who pass each other, who shout, talk to themselves, and spit on the floor. The people who clink their classes outside cafés laughing foolishly. Dogs that sniff each other. This unremitting racket. And the smells. Don’t forget the smells. Everything has to go. So, you keep the sky. Above all, you keep the sky. But everything else, you throw away. Off it goes, into the bin. Of course, you need big trash bags. Fifty liters. Hundred liters. Hundred and fifty. Or bigger, if you find them. And strong ones. Real strong. They mustn’t rip. There you go. Everything disappears. The great decluttering. Nothing left on the horizon. And there you go. Without even moving. Paris. With a view on the sea.